New York, September 11

Le 11 septembre 2001, j’étais à New York.

Quand j’ai pris conscience du drame qui venait de se produire, je me suis dit que je devais faire quelque chose. Tout ce que je savais faire, c’était photographier. Je suis donc allé à Ground Zero.

J’avais extrêmement peur. Photographier sans autorisation était interdit et, dans le contexte de ce jour-là, je pouvais être considéré comme un terroriste, arrêté, et voir mon appareil et mes films confisqués. Je n’avais jamais eu aussi peur de ma vie.

C’est avec cette peur et cette indignation que j’ai travaillé.

Je me suis approché des gens comme je l’ai toujours fait dans ma photographie, sans jamais vouloir devenir voyeur. Il fallait s’approcher de la réalité sans simplement la reproduire, sans tomber dans le spectaculaire.

Je ne voulais pas photographier le 11 septembre comme une actualité. Je voulais faire resurgir la blessure sans l’enfermer dans une image identifiable. Car ce qui s’était produit à New York dépassait New York : c’était une tragédie universelle.

Pour moi, cette série n’est pas un reportage sur le 11 septembre. J’ai toujours refusé de mettre l’actualité en images. Ici encore, j’ai cherché à effacer les références événementielles pour cerner le drame, pour aller vers ce qui se trouve derrière le visible.

Le 11 septembre a changé ma manière de travailler. Habituellement, je travaille lentement. Ce jour-là, il fallait aller vite, être précis, tout en refusant l’imagerie et le sensationnel.

Mon but a toujours été de dire que la violence est inhumaine. Le monde entier était touché par ce qui s’était passé à New York. C’est pourquoi, dans ces photographies, on ne voit pas réellement New York.
Il n’y a pas d’image à reconnaître ou à identifier. Il y a le poids de la douleur, la poésie de la tragédie, un cri.

Deux jours plus tard, je me suis retrouvé dans un night club. Au milieu du chaos, j’ai été saisi par cette envie de vivre que les danseurs exprimaient avec leur corps, par ce besoin d’être ensemble, de se rapprocher de l’autre pour exorciser la douleur.

Puis, au cours de l’hiver 2001, je suis revenu à New York.
La ville me semblait rentrée dans sa coquille, comme une ville-hérisson qui se serait mise en boule pour se protéger. Les hommes et les femmes semblaient comme des momies bandées, des icônes d’une ville douloureuse au milieu du mouvement du monde.

Le 11 septembre m’a aussi ramené à mes propres expériences de l’enfance en France. À New York, une ville où je m’étais toujours senti libre et à l’abri des préjugés, je pouvais soudain être considéré comme un criminel.
Cette expérience m’a conduit à interroger encore davantage l’image comme représentation.

L’image est trompeuse. Elle peut créer le jugement et le préjugé. Je refuse une photographie qui transforme la souffrance en spectacle ou qui fait de l’autre une proie. Face à l’horreur de la violence, je cherche non pas sa représentation, mais ce qui peut en faire ressentir le drame.

J’ai tenté de donner un sens, de donner un cri à ce drame.
L’histoire dira si j’y suis arrivé.

 

***

Expositions

2002 — Documenta 11, Kassel
Présentation de 36 oeuvres de la série New York, September 11th, 2001. Commissaire : Okwui Enwezor

2002 — Villa Stuck, Munich
New York City, 11. September 2001
Commissaires : Jo-Anne Birnie Danzker, Michaël Buhrs

2002 — Artists Space, New York
Présentation de plusieurs œuvres de la série NY 9/11.
Commissaire : Lauri Firstenberg

Publications

Touhami Ennadre — If you see something, say something,  Hatje Cantz
Texte — Nancy Spector
Un ouvrage réunissant trois séries réalisées à New York : NY 9/11, Corps de nuit et Under New York.

Presse & Archives

2001-2002 — Allemagne
Articles sur la serie New York september 11

2011 — Don d’une œuvre offerte par Sa Majesté Mohammed VI au Président Barack Obama
À l’occasion du dixième anniversaire du 11 septembre

2013 — Interview Le360
À l’occasion du dixième anniversaire.

2021 — SNRT Art & Culture
Touhami Ennadre :  » le 11 septembre…une date à jamais gravée dans ma mémoire »

 

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