Knut Bry, un don norvégien

Knut Bry fête ses 80 ans. En recevant l’invitation à cette célébration, j’ai vu remonter des souvenirs qui m’ont profondément remué.

C’était vers 1975, j’avais environ 20 ans. Grâce au pass Interrail de la SNCF, je sillonnais l’Europe, je voyageais la nuit et, le jour, je découvrais les villes où j’atterrissais. C’est ainsi qu’un soir, à Oslo, j’ai rencontré Knut au Club 7 où l’on écoutait du jazz. Je voulais absolument voir et entendre l’Art Ensemble of Chicago, Thad Jones, Randy Weston.

Quand le club a fermé ses portes, au moment de nous dire au revoir, je n’ai pas osé avouer à Knut que je n’avais nulle part où dormir. À ma grande surprise, sans que j’aie eu besoin de rien dire, il m’a proposé son atelier sur Stortingsgata en face du Parlement. J’ai tout de suite été frappé par sa gentillesse, sa simplicité, sa générosité sans calcul. Ce soir-là, je me suis découvert un ami.

Dans l’atelier, il y avait des appareils photo et des piles de magazines de mode, que je feuilletais pour me changer les idées. Parfois passaient de magnifiques mannequins un peu hippies, venues essayer des vêtements dans une ambiance sympathique.

De retour à La Courneuve, je n’avais plus qu’une idée en tête : devenir photographe. Un appareil, c’était au-dessus de nos moyens mais ma mère a trouvé l’argent pour m’en offrir un. Si je suis devenu photographe, Knut y est pour quelque chose.

Nos routes se sont séparées. Quelque temps plus tard, le hasard nous a remis en contact à Saint-Germain-des-Prés. J’étais fauché, j’avais souvent le ventre creux. Il m’a confié ses négatifs pour que je lui fasse des tirages. Cela m’a permis de respirer et d’acheter des films pour continuer à photographier.

Je n’ai donc pas été surpris de le voir, année après année, s’engager pour le droit et la justice, aux côtés des persécutés, des exilés, des migrants dont la situation semblait inextricable et sans issue. La souffrance des autres lui est insupportable. Son désir de justice l’a toujours placé du côté des perdants comme si leur histoire était la sienne. Son courage l’a conduit à défendre le peuple palestinien face à ceux qui veulent l’effacer.

Dans un monde où la ruse et la violence semblent l’emporter, où tant de choses perdent leur sens, des hommes de cette qualité n’ont pas de prix.

Knut est un don norvégien. Il est une chance pour ceux qui ont tout perdu, pour les plus vulnérables qui se heurtent à des rideaux de barbelés, à des frontières fermées, qu’aucun pays ne veut accueillir, ne veut éloigner de la misère. Pour eux, il reste une bouée de sauvetage.

Il aime son pays et son peuple ; il aime aussi ceux qui sont différents de lui. Il a compris que son pays ne perdrait rien à s’ouvrir à d’autres cultures, bien au contraire. Les hommes comme Knut sont rares. Je ne pourrai jamais assez le remercier pour ce qu’il a fait pour moi, et pour l’homme qu’il est.

Knut, je te souhaite de tout mon cœur un très bel anniversaire.

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