
Voici sa question :
Je pose la question, ne pas prolonger votre exposition ne serait-il pas pour donner la chance à d’autres artistes d’exposer ?
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D’abord, qui êtes-vous ? Un minimum de savoir vivre impose de se nommer et de se présenter. Surtout face à un artiste qui, lui, ne peut se dérober et doit assumer son travail avec courage et générosité. D’évidence, vous en êtes très loin. A vous lire, soit vous n’avez pas lu mon texte, soit vous n’avez rien compris.
Je reviens, donc, sur les raisons qui me poussent à demander une prolongation de ‘Qasida Noire’.
1. ‘Qasida Noire’ est le fruit d’une pleine année de préparation durant laquelle je me suis privé de ma vie pour mettre le public marocain au dessus de tout, pour lui donner à voir une exposition qui lui rende ses émotions originelles comme lorsqu’il écoute de la vraie musique.
Après un itinéraire qui m’a conduit aux quatre coins du monde, je voulais lui offrir une exposition monumentale qui n’a son pareil nulle part, inédite jusque dans sa scénographie conçue et réalisée avec Anna Abengowe, une architecte nigériane-américaine.
Cette exposition hors normes, je l’ai dédiée aux gens de mon pays et à la générosité de Sa Majesté Qui la permettait à Rabat.
Tant d’efforts, de sacrifices, d’énergie et d’argent dépensés pour qu’il ne se passe finalement rien ? Tout ça parce que son pseudo initiateur et seul décideur, Mehdi Qotbi, au point de bloquer toute communication, pas de médias, pas une seule affiche en ville, dans les rues, dans la gare, de Rabat.
Or, sans communication, sans information au public, pas d’exposition. N’est-ce pas un gâchis scandaleux ?

Et ce n’est pas tout. Refus de tout événement culturel, de toute rencontre avec le public : moi seul, j’ai animé ces dernières.
Qotbi a interdit à son équipe de faire quoi que ce soit pour ‘Qasida Noire’. Le désert.
C’est le bouche à oreille qui a fonctionné. Encore hier, samedi, j’étais au musée, beaucoup de visiteurs m’ont dit qu’ils étaient là par hasard, tout étonnés de découvrir l’exposition. Cet été, les touristes me disaient la même chose et je pouvais comprendre, ils étaient de passage. Mais les habitants de Rabat…
Retournez au musée et vous verrez que l’exposition de Malick Sidibé, un photographe malien, y est présentée depuis plus d’un an, prolongée, elle. D’ailleurs, toutes les œuvres en ont été achetées alors qu’aucune de mes œuvres n’a été acquise.
Être Marocain serait-il d’un tel préjudice ?
On pourrait le croire : Qotbi refuse non seulement de prolonger ‘Qasida Noire’ mais de la faire circuler au Maroc…
Enfin, jusqu’ici, je suis le seul à plaider haut et fort, à mes risques et périls, pour que le MMVl ne soit pas dérobé au public et privatisé par Qotbi mais, face à lui, tout le monde, après m’avoir encouragé en douce, se dérobe.
2. Par ailleurs, sachez que tous les photographes ne sont pas égaux.
Parmi eux, on ne compte plus les impuissants, indignes d’être définis comme artistes, qui ne connaissent que le confort de leurs studios où ils se vautrent et se contentent de mitrailler à la demande puis, dès qu’ils ont un négatif satisfaisant, de le donner à un laboratoire.
Et puis il y a ceux qui se comptent sur les doigts d’une main, qui jouent leur peau dans des endroits où il faut beaucoup de chance pour en sortir vivant et qui mettent la main à la pâte pour réaliser leurs tirages. Que cela vous plaise ou non, c’est ainsi que je travaille.
Je devrais fuir les gens comme vous, mais je vous réponds pour éviter tout malentendu.
Allez donc photographier dans le Bronx au milieu de la nuit, suivi de gamins armés de pistolets et de seringues, ou à Récife, cerné par des hordes de gamins, les narines collées à des pots de colle, dans les favélas de Bahia ou de Rio de Janeiro, montez derrière un taxi mobylette dans un bidonville sans électricité à Port-au-Prince pour photographier des cérémonies de transe au milieu de gens qui n’ont que leurs mains vides, pleines de misère, là où il y a plus de cireurs de chaussures que de chaussures, là où, si l’on peut piquer votre matériel, on vous tuera sans hésiter.
Allez donc photographier à Jakarta, Bangkok, Calcutta, Bombay ou Shanghai, pourchassé par les ‘followers tourists’, à Berlin face aux nazis, à Paris dans une discotheque gay.
C’est ma fierté d’être un gamin de la médina qui m’a poussé à aller vers ceux qui sont démunis, qui sont souvent plus aimables avec moi qu’un Qotbi alors qu’ils engendrent mon art.
Je lutte contre un embrouilleur et flatteur expérimenté qui nuit au musée et à son public tandis que vous, planqué derrière votre faux nez, vous avez le culot de me donner des leçons.
Si je m’implique, si j’ai tant la rage au ventre et si je me bats, c’est pour que le musée Mohammed VI, si nécessaire et précieux, profite à tout le monde.
Par-exemple, aux ‘autres artistes’, comme vous l’écrivez. Je ne prends la place de personne : il reste 600m2 non utilisés au rez-de-chaussée qui pourraient devenir un laboratoire pour les rencontres culturelles. Ou accueillir votre projet si vous en avez un, Monsieur l’anonyme.
Je crois avoir répondu à vos questions. Si ce n’est toujours pas assez clair, alors je ne peux rien pour vous.
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