
L’instant d’après
Il est autour de 20H, ce soir là.
Je remonte la rue Fontaine au Roi à la rencontre de ma malheureuse sœur Dalila que son âme repose en paix, rue St-Maur, pour ensuite, vite, rentrer chez moi. Je tiens à voir le match France-Allemagne au stade de France. Quelques minutes après l’arrêt du match. une amie me téléphone : « Touhami, fais gaffe, il y a des attentats terroristes au Carillon et au Petit Cambodge, ne sors pas! » Le temps de récupérer mon appareil, je me précipite dans le métro, terminus Goncourt. La station République est fermée.
J’avance à pied vers Le Petit Cambodge et, de l’autre côté de la rue, vers Le Carillon où se masse déjà une foule de gens qui déposent des bouquets de fleurs au passage tandis que certains s’arrêtent et, dans un murmure, parlent aux morts. Le silence est assourdissant.

Au pied du Petit Cambodge, sur la porte d’entrée apparait l’ombre des morts. Là, une jeune femme se tient très droite, le visage inondé de larmes, au milieu d’un rassemblement dense, recueilli. C’est le peuple debout, de toutes les couleurs de peau, la France de tous les espoirs, celle qui nous emplit de la fierté d’être compatriote.
Après avoir fait mon devoir de photographe devant Le Carillon et, en face, devant Le Petit Cambodge, je m’en vais en enfer, toujours à pied au Bataclan, un parcours endeuillé, semé d’une tristesse infinie.

J’arrive à l’angle du Faubourg du Temple et de la rue Fontaine au Roi, en face, du café A La Bonne Bière. Là, leurs têtes enfouies l’une dans le cou de l’autre, un couple dépose des bouquets de fleurs devant la photo d’une jeune touriste américaine venue de San Francisco. A peine s’était-elle assise, sans défense, que la jeune fille vivait son dernier instant, fauchée par les balles des terroristes. Je poursuis ma marche mais songe au chagrin, à la souffrance, de ses parents et ça me fait très mal.
Place de la République, la foule défile sans discontinuer et se recueille sans bruit autour de la fontaine transformée en sanctuaire, en havre de paix chargé de bouquets de fleurs, illuminé de centaines de bougies enflammées. Ce silence de mort, de peine et de chagrin, me prend aux tripes.

Une femme pleure, prie, s’indigne à voix basse et sanglote en même temps : comment des musulmans peuvent-ils renier leur religion au point de se transformer en terroristes ? La question me taraude aussi tant il est clair qu’ils se sont fourvoyés auprès de mécréants qui les ont souillés et que ce sont d’abord les musulmans que ces bourreaux affectent.
Soudain, de toute la force de sa voix, cette femme hurle : « C’est le jour le plus triste de ma vie! »
Toujours en direction du Bataclan, au coeur d’un univers anéanti par la tristesse, je remarque une femme à genoux, le visage sombre comme une tombe, elle pousse des cris plaintifs sous une trombe de larmes. Il semble que sa vie se soit dissoute dans le chagrin. Mon coeur se serre encore davantage.
Au Bataclan-la Géhenne, des bougies et des bouquets de fleurs ont été déposés partout dans un silence de plomb. Je me sens sur le seuil d’un champ de bataille à huis-clos.

Enlacés, blottis les uns contre les autres, poitrine contre poitrine, des gens en état de choc, épuisés, sanglotent, gémissent, hurlent. Les visages éclairés par la cire des bougies sont défaits, déchirés, vidés par ces réactions d’après le drame. Dans les airs, l’intensité de la souffrance est palpable.
Tout près de moi, quelqu’un explique : « Ma soeur et mon beau-frère, ils les ont tué, on nous préviendra pour voir leurs corps… »
Plus tard, je demanderai pardon à mes yeux sursaturés de leur avoir imposé un tel calvaire durant ces interminables heures. Mais je veux témoigner et j’ai besoin d’eux.
Je m’en vais à pied à la Belle Equipe. Du plus profond de la nuit, me parvient le triste chant arabe d’un groupe de personnes enveloppées dans un drapeau tunisien. Leurs visages et leur voix me transmettent leur profonde douleur et leurs larmes. Je me mets à photographier le martyr de ces suppliciés, déchirés par la souffrance.

En une poignée d’heures, les terroristes viennent de semer la terreur, la peine et la mort partout dans Paris. La religion qu’ils ont prise en otage, ne leur a inspiré qu’aveuglement et cruauté.
Cela me rappelle un certain intégriste maghrébin, sorte d’ayatollah rétrograde, robot ou magnéto citateur réglé comme du papier à musique sur les Arabes et les Africains, Grâce aux immigrés , il vend plus de livres que n’importe quel grand écrivain. Pour lui, nous sommes tous semblables. Le racisme, il en a fait son métier. Devenu le chouchou des médias qui nous livrent en pâture à tous sectaires haineux de la France présumée rassembleuse au nom des droits de l’homme. Lui aussi a pris la politique en otage. Ça ne vous rappelle personne ?
Mon dos me fait trop mal. il est très tard, je grimpe dans un taxi. à suivre…

=>> PARIS 13 NOVEMBRE, CETTE NUIT. deuxième partie
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