Amis de Dieu, priez pour que Moa Bennani repose en paix

Moa Bennani dans son atelier, en 2019

Triste nouvelle sur triste nouvelle, faire-part qui fait mal sur faire-part qui fait encore plus mal…

Comment décrire Moa Bennani sur qui la vie vient de se refermer… Je n’en finis pas de le revoir, d’observer ses forces qui déclinent au fil des mois, à espérer que l’Arlequin oppresseur-Qotbi fasse un geste et montre son travail au public marocain avant que l’artiste ne s’en aille…

Exposer au musée de Sa Majesté, c’était le rêve de Moa. Un rêve que l’Arlequin Oppresseur, trop occupé de lui-même pour s’intéresser à autrui, s’est employé à rendre impossible. Manque de professionnalisme et de culture aussi puisque ce dernier n’a aucune connaissance du métier qu’il prétend exercer et n’a rien appris depuis le temps qu’il l’exerce.

Finalement, c’est la Banque Rabat qui offrira à Moa Bennani l’ultime opportunité d’une exposition…

Moa n’avait rien derrière lui, rien devant lui, imaginez sa souffrance! Il me répétait : “Incroyable, jamais je n’aurais cru que l’Arlequin oppresseur soit aussi insensible à mon travail!“ Tant il lui était impossible d’imaginer que l’acteur-clé du monde culturel de notre pays garde à ce point les yeux fermés sur l’art pour passer son temps à s’arroger toutes sortes de mérites et à se gonfler de selfies ?! De ce fait, Moa se sentait humilié : lui faire ça à son âge, avec la reconnaissance obtenue à la force de son travail, quelle injustice!

Moa était comme une poterie brisée.
Loin du troupeau d’artistes bêlant à l’unisson, il végétait à Kenitra comme s’il vivait dans l’Antarctique alors qu’il avait vue sur l’Atlantique, sans personne à qui parler en profondeur et sans réserve, sans personne pour penser à lui. Coupé de toute sociabilité intellectuelle, il se retrouvait sans l’espoir d’être estimé à sa juste valeur. Seul.

Dès que je le pouvais, j’allais passer une ou deux nuits chez lui. J’entends encore sa voix désenchantée d’homme écrasé par une douleur sans accalmie et dont Johnny le Marcheur reste le seul compagnon. Lorsque je l’incitais à cesser de fumer et de boire. Il me répondait qu’il n’avait pas le choix ; que le seul moyen d’assouvir ses colères et d’apaiser ses souffrances d’écorché, c’était de se noyer dans l’alcool : “Rien n’est possible avec ces pieuvres“, soupirait-il le regard perdu. Je voyais bien dans son regard que la fin était proche, que, sur son visage, la mort avait posé sa signature. Rien de plus déchirant que de voir un camarade déshabité, cerné par le besoin d’exprimer son chagrin, son désir de s’évader du pays qui est le sien. Mes yeux ont vu ses yeux se noyer dans les larmes, s’éteindre.

Il ne supportait pas les grenouillages et les faux semblants de certains qui n’avaient rien à foutre de lui mais voulaient juste capter sa lumière.

Il était l’opposé de l’Arlequin oppresseur. Il n’était pas affamé de vantardises, ne se mettait jamais en avant et jamais ne lui serait venu à l’esprit de protester contre l’arbitraire du ci-dessus. Combien de fois, lui aurais-je proposé de réagir ! Mais Moa préférait conserver le respect de lui-même et demeurer intact.

C’est en ce sens que je n’ai pas peur d’associer sa descente aux enfers au comportement de l’Arlequin oppresseur, lequel sans aucune gêne, privilégie sa descente aux affaires et n’a même pas daigné l’évoquer sur le site du musée afin de rappeler à nos jeunes qui était Moa Bennani. Sa jalousie de tout ce qui est plus grand que lui l’en aura empêché au moins autant que l’annexion du musée de Sa Majesté à son seul profit.

Moa Bennani sera resté mille fois plus artiste que lui jusqu’à sa mort dans la solitude de son atelier. Il n’était qu’un peintre, c’est ce qu’il a payé si cher.

Amis de Dieu, priez pour que Moa Bennani repose en paix.

***

error: Content is protected !!