ENCORE UNE VOLTE-FACE PARTISANE : celle de trop?

Place de la République, Paris

Alors que l’Institut du monde arabe devrait être un lieu de dialogue et d’ouverture, son président Jack Lang choisit la partialité. Sa prise de position récente révèle, plus qu’une dérive personnelle, une trahison morale et culturelle.
Je n’ai pas les mots pour qualifier le poste récent de Jack Lang, commandeur malgré nous de notre patrimoine ; mes mots seraient trop violents. Ce qui m’indigne, ce n’est pas seulement l’homme, mais sa posture : celle d’un président indéboulonnable, devenu le symbole d’une institution coupée de ceux qu’elle prétend représenter. Étranger à notre culture, ne parlant pas un mot d’arabe, il nous enferme dans des clichés rétrogrades et coloniaux, et se nourrit du monde arabe. Je me sens déshonoré : cette situation me rend malade.

Depuis deux ans, Jack Lang détourne son regard de Gaza, s’interdit de dénoncer les massacres, comme s’il n’était pas témoin du génocide réservé aux Palestiniens. Aujourd’hui, il prend fait et cause pour des artistes dont les positions soutiennent ouvertement l’insoutenable, leur témoignant estime et amitié. Après nous avoir joué la complainte victimaire, sa loyauté envers un État d’apartheid prime sur la justice et sur la paix, au point de trahir la mission culturelle et morale de l’IMA. Jack Lang va jusqu’à défendre, au nom de la liberté d’expression, ceux qui applaudissent la destruction d’un peuple.

Place de la République, Paris

Il ne s’agit pas ici de contester la liberté d’expression de l’artiste — je la défends sans réserve — mais de dénoncer l’appui que Lang accorde à des personnalités dont les prises de position soutiennent l’inacceptable. Il est devenu, à mes yeux, l’avocat de deux soutiens  des colonisateurs qui tolèrent le vol des maisons et des terres palestiniennes. Aurait-il perdu la raison au point de confondre les appels au massacre et la simple liberté d’expression ? Où sont passées ses valeurs d’humaniste ?

Heureusement qu’il se retient encore, qu’il ne dit pas tout haut ce qu’il laisse transparaître tout bas.Ses propos ne correspondent plus à la réalité. Il ne s’agit pas ici de boycotter la création artistique, mais de dénoncer un soutien apporté à l’indéfendable — un soutien considéré par une large partie de l’opinion, y compris juive, à travers le monde, comme la validation d’un crime contre l’humanité.

Souvenez-vous de cette phrase glaçante attribuée à Golda Meir : « Nous ne pardonnerons jamais aux Arabes de nous avoir obligés à tuer leurs enfants. » Ce retournement moral, ce renversement des rôles qui confond bourreaux et victimes dans la parole publique, continue de hanter nos consciences.

La censure, c’est aussi celle que Lang pratique. Je n’oublie pas l’annulation, le 13 octobre 2023, de la conférence de Leïla Shahid, une femme de dialogue, de paix et de lucidité. Cette décision, prise juste après les événements tragiques du 7 octobre, a été ressentie comme une censure politique : annuler la parole d’une médiatrice, c’est condamner toute tentative de construire un pont entre les peuples.

Charlotte Gainsbourg n’a pas été censurée comme actrice, mais pour ses positions politiques. Interpréter le rôle de l’avocate Gisèle Halimi, femme du combat anticolonial, n’efface pas le contraste. Y’a pas photo, la trajectoire de Charlotte Gainsbourg, occidentale privilégiée, déconnectée, me semble au plan culturel et humain très éloignée de celle d’une Gisèle Halimi. Orientale,femme rebelle, Halimi a affronté le colonialisme, défendu les opprimés, pris des risques. Femme du peuple, elle s’est faite toute seule,  forgée par l’engagement et les combats. Elle n’a pas été fabriquée par son papa ou une filiation .

Quant aux propos et publications du chanteur évoqué — relevons : « Gaza doit brûler »… Comment supporter qu’un tel discours soit entouré d’honneurs et de complaisance ? Rire, danser, chanter en regardant les bombes tomber sur des camps de réfugiés, applaudir les images de destruction, puis revenir triomphalement sur scène à Paris, au Dôme et ailleurs, diffuser des vidéos glorifiant l’armée responsable de ces drames… tout cela dépasse l’indignation et soulève une question morale fondamentale : au nom de quoi la culture devrait-elle servir d’emballage à un tel déni de l’humanité de l’autre ?

Dès qu’il s’agit du drame palestinien, il n’a qu’un seul côté de son cerveau qui se déclenche. Et semblable à madame Yaël Braun-Pivet, rien ne saurait mieux illustrer l’esprit de chapelle que sa phrase : « Soutien inconditionnel à Israël », plagiée par Lang.

Je continuerai, pour ma part, à défendre la liberté de création et la parole des artistes. Mais je refuse que cette liberté serve de paravent à la complaisance envers les bourreaux. Jack Lang n’est plus un passeur de culture : il a endossé l’uniforme d’avocat  d’une cause indéfendable. Je réclame aussi la responsabilité morale de Jack Lang : l’Institut du monde arabe ne doit pas se transformer en tribune pour ceux qui, par leurs paroles ou leurs actes, banalisent la violence.

Jack Lang délire gravement : où est donc passée, aujourd’hui, sa conscience ?

Poste de Jack Lang

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