
Quelques semaines avant le énième renouvellement de son mandat par le Président de la République, Claude Mollard, le conseiller culturel de Jack Lang, et Catherine Lawless, sa chargée de communication personnelle, se rendaient dans mon atelier pour me promettre une exposition et l’achat de quelques-unes de mes œuvres par le collectionneur Claude Lemand.
Comme Lang m’avait déjà menti, j’avais un gros doute là-dessus. Mais Catherine Lawless semblait sincère – « Claude Lemand aime beaucoup ton oeuvre ! », m’avait-elle écrit… – que j’ai été assez dupe pour la croire et accorder ma confiance à Lang.
Plus d’un an après, ce dernier n’a toujours pas honoré sa parole et c’est avec dégoût que ce piège me revient en mémoire. Quelques mois auparavant, j’avais écrit une lettre ouverte à Lang dans laquelle je m’élevais contre son accaparement de l’IMA, passé inaperçu et il ne tenait sans doute pas à ce que je récidive et ces promesses devaient me faire taire.
Ai-je tort d’affirmer que le patrimoine arabe véhicule un vécu oriental commun que l’on soit Samaritain, Juif, Chrétien, Musulman, tous héritiers d’une même famille, scellés, liés par notre langue commune, par notre musique, notre poésie, notre nourriture ? Est-ce un crime que de réaffirmer qu’elles forgent notre unité culturelle et qu’avec le temps, nous nous sommes tissés les uns avec les autres.
Jack Lang n’a aucune parenté, aucune affinité, avec notre famille culturelle, c’est un Occidental, Juif lorrain. Je le crois plus proche de la culture yiddish qui a donné d’immenses artistes à l’humanité. Je pense à Isaac Bashevis Singer… Tandis que nous sommes les branches d’un même arbre,les descendants de ceux qui le nourrissent.
La visite d’ “Arabofuturs“ aura été une épreuve pour moi.
Pas question pour ses commissaires d’y valoriser des artistes arabes discriminés, encore moins de leur rendre justice. Non. Leur objectif était de permettre à Lang d’étaler son baratin artificiel et rasoir sur des sujets arabes qu’il ne maîtrise pas et de s’encenser lui-même.
Ça a l’air d’une caricature mais c’est un constat.
Le constat qu’à l’Institut du monde arabe, ceux qui décident au nom de notre identité culturelle comme s’ils étaient nous, ne sont ni proches de nous ni proches de notre culture. Ce qu’ils nous imposent, c’est « leur façon de la voir ». Aucun ne maitrise notre langue.
Et malheur à qui la parle. Cantonné aux tâches subalternes, réduit au statut de chaouch corvéable à merci, il sera exclu de sa propre culture dans ce qui, pourtant, se revendique comme son temple.
À mesure que Jack Lang vieillit, sa vraie nature apparaît. Il est devenu incontrôlable car insatiable, boulimique de lui-même. Il lui fallait un butin, un encensoir monumental, il se l’est offert, Monique toujours affairée dans son ombre.
Je suis sans illusion tant j’ai l’impression que notre identité culturelle nous a échappé : le colonialisme n’en finira jamais de nous imposer ses règles sournoises, il ne cessera jamais de nous enfermer dans des clichés rétrogrades. Tant que nous nous soumettons aux premières et correspondrons complaisamment aux seconds, tout ira bien.
Mais gare à l’insoumis. J’en sais quelque chose.
À l’IMA, Jack Lang nous montre combien nous sommes absents et exclus de l’essentiel, à quel point nous n’existons que pour la façade.
La vitrine.
Deux exemples le confirment.
Le premier d’entre eux date de 2014 et du vernissage de l’exposition consacrée par l’IMA à mon pays. Alors que les artistes et moi arpentons les salles, la (sur)chargée de communication du Président se jette sur nous pour nous en chasser. À son injonction stridente de “regagner la tente“ prévue pour nous dans la cour, j’objecte, au nom de mes camarades, que nous en sommes sortis depuis longtemps.
Ce qui achève de l’excéder : c’est simple, elle nous IN TER DIT d’accéder aux salles. Et comme je proteste que nous ne sommes pas ses larbins, la dame menace de nous envoyer la sécurité… Tandis que les autres artistes regagnent en troupeau, penauds, la tente en question, je me glisse dans la salle où mon travail est accroché.
Revenue avec son pit-bull, mon interlocutrice ne pourra rien : les officiels viennent d’y pénétrer… Aucune retenue. Aucun égard envers l’artiste qui avait travaillé dur pour représenter son pays. J’étais écœuré : à ses yeux, je n’étais sans doute qu’un immigré sans papiers.
Le second est plus récent et me choque davantage encore.
Le 13 octobre 2023, Leïla Shahid doit intervenir à l’IMA et je suis impatient d’écouter cette noble dame, indestructible chantre du rapprochement entre Israéliens et Palestiniens. Hélas, surviennent les attaques terroristes du 7 octobre et Lang choisit d’annuler sa conférence comme si Leïla Shahid avait un lien avec le Hamas.
Depuis leur tour dorée, les Thénardier venaient de nous priver d’éclaircissements d’autant plus inestimables que ce drame ne cesse, depuis, de justifier des massacres à Gaza, ces derniers jours au Liban, et ces relents nauséabonds qui traversent notre société.
Chaque fois que je me rends à la Maison de la culture du Japon, je suis frappé par le rapport que chacun de ses employés entretient avec la langue, que tous parlent, et la culture japonaise dont tous sont imprégnés et qu’ils transmettent avec passion.
Tandis que nous, Arabes, c’est connu, sommes des incapables qui passent leur temps à s’auto-congratuler et qu’il suffit de flatter pour en tirer ce qu’on veut y compris le pire. Facile de nous mépriser !
Je rêve que le peuple auquel j’appartiens, regagne ses sources, qu’il prenne conscience de ses trésors, qu’il se réapproprie l’IMA et sa propre culture, pour retrouver son unité. J’ai en tête une liste de personnes de double appartenance culturelle, condition pour y occuper les postes décisionnaires selon moi.
L’Institut du monde arabe ne peut plus être ce dépotoir voué aux caprices des Thénardier, qui s’y cramponnent comme s’il s’agissait de la crinière de Samson.
Ouvrons nos yeux et décolonisons l’IMA, il en va de notre dignité !
David contre Goliath ? Et comment !
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