
Pour un gamin des ruelles de la médina, le football est inscrit dans son ADN. Jouer au ballon sur un vrai terrain, dans une équipe, c’est son rêve, c’est sa seule issue de secours, sa seule bouée de sauvetage pour échapper à la misère.
Ma manière de photographier, je la dois au dribble. Cette passion me donne peut-être le droit d’écrire ces lignes à cœur ouvert sur cette finale invraisemblable.
Tout d’abord, je ne comprends pas pourquoi notre équipe nationale a joué uniquement à Rabat, alors que la capitale du football, c’est mon pays, Casablanca. Rappelons-nous du génial Larbi Ben M’Barek, le premier Marocain sélectionné en équipe de France, qui est oublié et toujours pas honoré à sa juste mesure : il est Casablancais. Rabat, elle, s’est imposée comme la capitale des flatteurs et des courtisans zélés.
Feu S.M. Hassan II avait prononcé une parole qui tombe à pic aujourd’hui, tant elle résonne avec l’actualité :
« Il y a eu des ingrats, il y a des ingrats et il y aura toujours des ingrats. On ne peut pas prétendre changer la nature humaine. »
Comme s’il avait pressenti la jalousie, les commentaires haineux et l’avalanche d’injures proférées par certains journaleux sénégalais et détracteurs africains sur les plateaux de télévision. Leurs calomnies révèlent un caractère menteur et jaloux ; ils trouvent à chaque instant un prétexte pour nous critiquer et nous faire passer pour des tricheurs, malgré un peuple qui a le cœur sur la main.
Toutes les personnes de bonne foi s’accordent à dire que la CAN était remarquablement organisée. À la vue de ces stades, ils ne pouvaient qu’en crever de jalousie. Alors que les joueurs étaient trempés jusqu’aux os et malgré les trombes d’eau, la pelouse restait intacte ; les joueurs pouvaient évoluer dans des conditions acceptables. Mais ces détracteurs n’ont eu pour seule reconnaissance que leur haine et leur suspicion, cherchant à tout prix à accuser le Maroc de tous les maux. Peut-être auraient-ils préféré une CAN endeuillée, avec des dizaines de morts, comme au Cameroun ?
En ce qui me concerne, je préfère tourner la page de ces polémiques et parler du match.

Les matchs : une déception tactique
Quand je me repasse les matchs dans mes pensées, je l’avoue : en termes de créativité, il n’y a pas eu de football. Le jeu était très approximatif, trop de tirs n’étaient même pas cadrés, les matchs étaient verrouillés, pauvres en occasions ; on aurait dit des équipes composées uniquement de défenseurs, et pourtant c’étaient des joueurs africains.
Le continent où l’on danse à chaque prétexte semblait soudain figé. On aurait dit que c’étaient des Scandinaves qui jouaient au ballon.
Je me suis ennuyé. Quelques éclairs — le retourné d’El Kaabi, une percée du grand Osimhen — mais trop rares. Presque toujours, ces matchs se sont achevés sur des scores vierges.
Comme ce sont les faits qui nous jugent, analysons les décisions techniques du coach Regragui. Est-il normal qu’une attaque muette pendant trois matchs voie toujours les mêmes joueurs alignés ? Les remplaçants n’ont rien apporté.
Maintenir Ezzalzouli, malgré son unique dribble prévisible, déjà décodé par les Sénégalais, relevait de l’aveuglement. Mais qu’a-t-il donc imaginé ?
Le match ne s’est pas perdu uniquement sur le penalty manqué. El Kaabi a raté alors que le gardien n’était plus dans sa cage. La liste des occasions gâchées est longue.
Brahim Diaz : le bouc émissaire
Je ne décrirai pas le comportement de ceux qui s’acharnent sur Brahim Diaz. D’après eux, tout est de sa faute — ils l’accusent même des trombes d’eau ! Pour moi, c’est d’une facilité écœurante. Il a pourtant terminé meilleur buteur, s’il n’avait pas manqué son penalty ; il aurait aussi été élu meilleur joueur. Parce qu’il rate un penalty, on va tout lui mettre sur le dos ? On efface tout le reste ? Quelle ingratitude.
Qu’il ait manqué sa panenka me laisse même songeur : gagner une finale chez soi, à la 96ᵉ minute, uniquement sur un penalty, aurait-ce été digne ?
Où était le coach à ce moment-là ? Il ne voyait pas ce que le déroulement du match exigeait de lui. Il est resté figé dans ses certitudes, sur la touche, loin d’être instinctif et de tenter autre chose.

L’absence de lucidité de Regragui
Ce qui me choque chez lui, c’est son absence totale de remise en question, de discernement. Même après coup, aucune lucidité, seulement ce refrain : « nous allons encore travailler ».
Il était hors sol.
Sa non-réactivité nous a coûté la finale. Le penalty raté n’est qu’un symptôme, la cerise sur le gâteau. Ce qui était douloureux pour moi, c’est que Regragui était réglé comme du papier à musique. Chez les moins de vingt ans, il y avait des talents évidents. Aucun n’a été tenté. Boufal et Ziyech nous ont cruellement manqué. À la place, une attaque stérile, figée, incapable de faire la différence en 300 minutes. Les attaquants étaient invisibles depuis plusieurs matchs, mais le coach persistait.
À quoi bon sélectionner vingt-six joueurs si l’on refuse d’adapter le jeu quand l’attaque est au point mort ?
Tout semblait fixé d’avance. Personne n’a réagi, on lui a laissé les mains libres.
Nous attendions cette finale depuis une éternité, et je sentais la catastrophe arriver. Je n’étais pas rassuré avec cette équipe où il n’y avait que des défenseurs solides et des attaquants microscopiques.
Le déroulement du match
La première mi-temps fut très stressante. L’équipe a subi. Hakimi, sélectionné sur son nom plus que sur sa forme, était en difficulté. Signe avant-coureur de la catastrophe : sa blessure face au Bayern de Munich. Heureusement qu’il y avait Bono et Mazraoui.
Au moment du penalty, dans ce chaos, il n’était pas normal que Brahim décide seul.
Le rôle du sélectionneur n’était-ce pas aussi de rassembler ses joueurs, de les calmer, de les protéger et d’en profiter pour revoir son choix de faire tirer le penalty par Brahim ? Après une attente intolérable, au lieu de refuser de tirer le penalty tant qu’il y avait des bagarres derrière la cage de Mendy, des supporters nourrissant une haine héréditaire, le coach a laissé Brahim tirer.
À ce moment critique, je ne comprenais pas ce que Regragui faisait sur la touche, en train de s’expliquer : était-il ensorcelé par la serviette du coach adverse ?
Le tournant fut la blessure d’El Aynaoui. Épuisé par l’explosion de son arcade, maintenu quand même sur le terrain, il perd le ballon. Hakimi flotte. Gueye frappe. But. Le Maroc craque. Le match a basculé naturellement en faveur des Sénégalais.
Une finale dévoyée
Les polémiques d’arbitrage
Sur l’arbitrage, il y a toujours matière à discussion. Mais l’accusation systématique de tricherie est indigne.
On oublie la prise de judo sur Brahim. Pourtant, on continuera de dire qu’il a été favorisé. Dans un match de football, il y a toujours des erreurs — rappelez-vous la demi-finale Inter Milan–Barça. Mais cela n’empêche pas certains commentateurs suprémacistes et débiles de tenter de nous imposer des arbitres européens pour la prochaine CAN.
Dès que l’équipe du Maroc jouait, nous étions immédiatement accusés de tricherie, de complotisme. Les polémiques d’arbitrage, il y en a toujours. On pointe toujours l’arbitre, surtout s’il est africain.
Normalement, les délégués de la CAF devaient signaler à l’arbitre d’arrêter le match. Deux joueurs sénégalais avaient déjà un carton jaune. Selon la règle, à leur retour sur le terrain, ils devaient écoper d’un carton rouge. Le Maroc a joué à dix, mais on dira qu’il a été favorisé, alors que le jeu était biaisé et que nous avons été désavantagés.
Une finale sabotée
Le Sénégal n’a pas gagné à la loyale. Mais nous sommes aussi responsables de notre défaite.
En finale d’une CAN, quitter le terrain, on n’a jamais vu ça. Sous les yeux du monde entier, le sélectionneur sénégalais a ruiné le jeu. Le chaos a désorganisé notre équipe et fabriqué un récit mensonger.
Je félicite le coach pour son coup de poker : il nous fait passer pour des tricheurs, eux pour des victimes. Il a déstabilisé notre équipe en créant le chaos. Sur les plateaux de télévision, les hâbleurs ne baratinaient que sur les serviettes, sans aucune indignation ; le comportement du sélectionneur a été légitimé par ces jaloux.
Cette finale de la CAN a mis à nu bien plus qu’un résultat
Elle expose des choix techniques figés, une gestion sans instinct, comme si le ballon ne tournait qu’autour de lui-même, et une responsabilité collective à laquelle on s’est soustrait.
Le football pardonne tout, sauf le renoncement à jouer. Ce soir-là, les deux coachs ont cessé de jouer, chacun à sa manière, et quelqu’un doit avoir le courage de le dire. Quand un enfant de la médina regarde une finale, il ne demande pas la victoire à tout prix. Il demande qu’on joue juste, qu’on ose, qu’on respecte le jeu et les enfants de tous les continents. Ce soir-là, ce rendez-vous a été manqué.
Je suis tourmenté d’indignation. Regragui a tout raté et nous en avons payé le prix. Quand le destin est à la fois irrationnel et impénétrable, on n’y peut rien.
Un texte à cœur ouvert, écrit depuis la médina, là où le football est une école de vie.
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Autre article sur le football à lire…
=>> Double honte et Carton rouge au journal L’Équipe et à Grégory Schneider
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