
C’est le profond sentiment d’injustice et mon devoir envers les gosses de ma ruelle dans l’ancienne médina de Casablanca qui m’imposent l’écriture de ce qui suit.
Tout avait commencé avec l’immense espoir que nous leur avions donné grâce à l’ambassadeur de France au Maroc, à l’époque Jean-François Girault, aux services culturels de l’ambassade et à la direction de l’Institut français de Casablanca, avant de le leur reprendre de la pire manière qui soit.
Un projet culturel ambitieux pour les enfants de la médina
Pour bien comprendre l’enjeu à mes yeux de l’enseignement du français, c’est de ça qu’il s’agit, il faut remonter au projet de ma vie : celui de rendre à la médina ce que je lui dois en tant qu’artiste né en son cœur par la transmission de ma passion pour l’art et mon métier aux jeunes du quartier afin qu’elle leur ouvre le monde.
Or, il y a un préalable incontournable à cette échappée libre : la maitrise du français.
Des engagements avaient donc été pris par les instances françaises, une convention signée entre nous, des travaux dans mon atelier effectués, la rencontre sur place des enfants, des fillettes surtout, les plus motivées, et leurs parents avec les responsables de l’Institut français avaient eu lieu. La mise en place avançait, les dates d’ouverture se profilaient, les parents m’arrêtaient dans la rue, impatients d’avoir des nouvelles du début des cours.
Et puis, tout d’un coup… plus rien. Silence. Un silence sur lequel se fracassaient mes appels.
Des engagements officiels… puis un silence incompréhensible
Et puis, des mois plus tard, un mail rédigé à la va vite, désinvolte, qui énonçait les raisons présumées de cette suspension subreptice. En vrac : avec le nouvel ambassadeur, des changements de responsable à la culture et, du coup, d’orientation. Outre de nouvelles consignes liées à la Covid-19, bien sûr.
Alors que leur personnel, y compris des équipes techniques, avait défilé dans mon atelier, examiné chaque recoin, on lui découvrait soudain d’insurmontables défauts : pas assez d’espace et pas assez d’air. Ces derniers arguments d’autant plus grotesque que nulle part ailleurs il y a autant d’air et de lumière naturelle que dans l’architecture d’un riad ! Qui peut croire que leurs experts l’ignorent?
Pour justifier ce retournement brutal, il me fut même écrit que l’Institut avait été dénoncé à la police pour avoir organisé une projection dans une salle fermée… De toutes façons et quelle qu’en ait été la véritable raison, la moindre des choses n’eut-elle pas été de nous en informer dès la suspension du projet?!
L’abandon des enfants : entre honte et indignation
Comprenez que le manque d’égard vis-à-vis de ces enfants que nous allions tant décevoir, qui n’ont que nous pour leur offrir ce début de perspective d’avenir, me mette hors de moi.
Comprenez aussi que chaque jour, au moins un gosse vient me demander quand les cours de français commenceront et qu’à chaque fois, je me sente envahi de honte , infiniment triste et humilié avec lui…
Comprenez enfin que je me scandalise de voir mes anciens partenaires se gargariser sur les réseaux sociaux l’une de son action en faveur de la langue française à l’Institut français de Marrakech , l’autre d’une contractualisation récente de son enseignement dans… une école d’Anfa, quartier privilégié de Casablanca ?!
Choix qui devrait m’imposer l’impuissance mais, ça, c’est mal me connaître.
Furieux et déçu plus que moi, qui peut l’être ?
Sauf qu’opiniâtre, je le suis aussi.
Quelqu’un parmi vous accepterait-il d’enseigner le français à ces enfants ?
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