
Lire le texte précédent : GHETTOÏSATION CULTURELLE
Je veux vraiment remercier ceux qui ont été nombreux à argumenter autour de mon texte. J’aimerais apporter certains éclaircissements, selon moi essentiels, au risque de me répéter.
A mon sens, est photographe celui qui éprouve une nécessité artistique intérieure, un intuitif au style organique qui n’a rien de ces poules qui pondent le même oeuf encore et encore. La photographie commence dès lors que l’on capte ce vif du réel que le regard transforme et que l’on travaille sa lumière intérieure.
Pour moi, la couleur est à la photographie ce que le surgelé est à la gastronomie.
Dans les images en couleurs, je ne vois pas de lumière, pas la lumière originelle de la photographie, du moins. Si le monde des peintres est celui de la couleur, le noir et blanc de la photographie s’en tient à la valeur, celle de la vraie lumière qui sait faire parler les ombres, donner leur épaisseur aux choses sans jamais les reproduire ni les imiter. C’est cette juste valeur qui fait le style. Mon noir et blanc, c’est cette lumière qui baigne, la nuit, ma ruelle.
La grande majorité des gens confondent le sujet et la manière de photographier laquelle n’est alors qu’illustrative, passive, et n’échappe pas au voyeurisme.
Il n’y a pas de façon africaine de photographier. Les manieurs d’objectifs ne voient pas ce qu’ils photographient, ils ne sont pas dans l’action, ils sont derrière un trou de serrure. C’est le sujet qui est africain ou américain, pas la façon. Il n’y a donc pas de spécificité artistique africaine.

Aujourd’hui, d’ici ou d’ailleurs, toutes les images ont une prétention artistique.
A la fin des années 70, ceux qui ne pouvaient devenir photographes tant ils avaient les yeux éteints, se sont auto-proclamés critiques des pousses-boutons qui, eux, n’avaient aucune idée de ce qu’était la photographie. Dans cette faune, évoluaient aussi les pisse-copies qui ne touchaient pas leurs billes dans la critique littéraire car les places y sont plus chères, recyclés en photo matons.
Pour exister dans le système, certains ont alors inventé la bannière africaine et photographie contemporaine, fond de commerce rentable et mode de domination des artistes, épinglés comme les insectes de l’entomologiste. Ce qui m’est le plus insupportable, c’est de me sentir traité ainsi, en combine communautaire. En smala.
Quand on vient d’Afrique, devant un intermédiaire-embrouilleur parisien ou un affairiste new-yorkais, impossible de faire le poids, encore moins la fine bouche : c’est lui qui décide de qui est artiste, qui ne l’est pas. Je pourrais me perdre en exemples, y compris actuels…
L’oeuvre ne compte plus puisque la critique qui dit quelque chose n’existe plus, remplacée par des agents publicitaires, des sergents-commissaires cumulards aux tics d’hommes politiques.
Ce qui compte, ce n’est plus le désir de dévoiler, de célébrer l’imaginaire si puissant de l’Afrique mais d’illustrer les pseudos-idées d’un sergent-commissaire vide de vision et de cirer ses pompes, question de survie : à la médiocrité du pseudo-historien de l’art répond celle des artistes qu’élisent leurs expositions vide-grenier.
Y a toujours aussi bon Banania.
***
Autres articles à lire…
=>>