MON EXPOSITION « QASIDA NOIRE » EST CLÔTURÉE

Catalogue Qasida Noire

Aujourd’hui, ‘Qasida Noire’ n’est plus mais mon cœur triste reste gonflé de gratitude envers le public venu malgré tout, sans lequel je n’aurais jamais tenu le coup : ma plus belle surprise avec cette jeunesse qui m’a remis le cœur à l’heure depuis mon retour au Maroc, c’est lui.

Depuis longtemps, je nourris en moi le rêve de transmettre aux jeunes de mon pays l’espoir de s’en sortir comme je m’en suis sorti : à partir de rien. Car mes rêves, je les veux concrets alors je les réalise.

‘Qasida Noire’, l’exposition de ma vie, est née de cette volonté. Je l’ai conçue et produite de bout en bout sur ma terre, pour mon peuple, par la grâce immense de Sa Majesté Royale pour qu’il ne soit plus jamais prétendu que les Marocains ne sont que des copieurs et qu’ils sont incapables de porter un projet personnel et authentique jusqu’au bout !

Sa genèse avait été une longue trainée d’embûches, de complications et de contraintes aussi inutiles qu’inattendues, l’exposition elle-même sera empêchée de rencontrer son public comme elle l’aurait rencontré partout ailleurs dans des conditions professionnelles normales. Car ce que j’ignorais et qu’à présent je sais, c’est que le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain a été privatisé, instrumentalisé au bénéfice d’un seul, voué à ses caprices, soustrait au public. C’est ainsi. Et je l’ai assez dit.

Cette mauvaise passe est passée.

Une fois franchie la porte du musée à l’issue du démembrement de ‘Qasida Noire’, je suis tombé sur la force et la vigueur d’un groupe de jeunes accompagnés d’un chorégraphe qui les faisait travailler et danser sur l’herbe. Ils ont instantanément étanché mon chagrin et m’ont inspiré ce que pourrait être ce musée majestueux où personne ne leur accorde le moindre intérêt.

Pourquoi n’y a-t-il pas au Musée Mohammed VI une médiathèque pour les accueillir et, d’un clic, les transporter dans un autre univers, une librairie d’envergure dédiée aux arts comme dans tous les grands musées. Pourquoi son immense auditorium reste-t-il muet au lieu de déborder d’évènements culturels programmés à longueur d’année capables d’attirer ces jeunes avides d’apprendre et de leur offrir le monde ?

Pourquoi demeure-t-il tant de lieux abandonnés comme ce formidable musée face à de tels besoins ?

Quant à moi et à l’échelle de ma démarche, chaque fois que j’ai croisé mes concitoyens dans les trois sphères de ‘Qasida Noire’, mêlés aux visiteurs de tous les pays arrivés là, comme eux, par hasard, que je m’en approchais et qu’ils me faisaient entendre leur parole, qu’ils témoignaient, éblouis, vibrants, de leur émotion, de leur ressenti, surtout ces gens tout simples aux mots si justes, si profonds, j’ai été traversé par la conviction d’avoir accompli mon devoir envers eux. Mais aussi par celle de contribuer, ainsi, à offrir un attrait nouveau de mon pays aux étrangers et un sujet de fierté pour les miens. Car aucun musée n’a jamais fait l’expérience d’une pareille exposition. Aucun critique ne peut m’accuser d’avoir copié qui que ce soit.

Malgré tout ce que j’avais dû supporter pour y parvenir, je me sentais heureux, j’avais eu la chance de prouver que, sur ma terre, en travaillant, on pouvait être soi-même.

Et que l’on pouvait réaliser son rêve.

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