DOUBLE RENCONTRE : dans l’expo « QASIDA NOIRE »

Echanges silencieux, Maroc

La vie offre parfois des moments d’un réconfort inespéré auprès de gens rencontrés par hasard alors que l’on est, à la fois vidé par la fatigue et indigné d’être à la merci d’un opportuniste que rien ne rassasie, connu pour ses coups tordus et qu’aucune morale ne retient.
Ces moments miraculeux vous tirent du désarroi.

Samedi dernier donc, le cœur lourd, j’échangeais avec le public autour de ‘Qasida Noire’ lorsque je croise Noureddine Ayouch accompagné d’un ami. Il me dit tout le bien qu’il pense de ‘Qasida Noire’, qu’il vient pour la seconde fois, etc.

Je lui livre mon immense désarroi devant la décision de Qotbi de la démolir à la date prévue mais là, surprise, il ne bronche pas. Il reste froid, d’évidence insensible à ma détresse. Son attitude m’envoie un signe négatif dont je m’éloigne au plus vite, déconcerté par cette inversion soudaine d’humeur.

Je fais quelques pas et j’aperçois un groupe de professeurs du lycée Descartes. Leurs visages inspirent la confiance, je m’approche d’eux. Ils me font part de leur surprise devant pareille exposition au Maroc et voudraient que nous en parlions. Nous évoquons dans la bonne humeur l’origine de ma démarche puis en venons aux appels vains à la prolongation de ‘Qasida Noire’ au MMVI et à sa circulation dans d’autres musées. Nos échanges, vifs, riches, me ramènent à mon passé et aux jeunes profs comme eux qui venaient dans notre bidonville de la banlieue parisienne pour nous entraîner à la découverte des bouquinistes sur les quais de la Seine, des chefs d’oeuvres au Louvre, loin de la mauvaise vie… Leur générosité d’alors qui fait le peuple français, je la retrouvais en ces maîtres d’aujourd’hui, si enthousiastes devant mon travail, au diapason de ‘Qasida Noire’ qui parle à chacun, avec force, de transmission d’une génération à l’autre, d’une culture à l’autre…

Bien sûr qu’ils étaient déçus du refus de Qotbi de prolonger ‘Qasida Noire’ mais ils restaient résolus à la montrer à leurs élèves! Ils ont même rêvé de l’accueillir et de l’exposer dans leur lycée!

Je me sentais consolé, mon désarroi s’estompait. Ils commentaient encore cette décision absurde de la démolir cette semaine, que Nourredine Ayouch – à qui personne ne demandait rien et qui s’était approché de nous en douce – leur coupe la parole pour dire que ‘six mois, c’est bien assez!’

Mariage, Maroc

Sa déclaration installe un silence de plomb. Lui, un Marocain comme moi, face à des étrangers, prend le parti de Qotbi et ose les contredire sans véritable argument dans le seul but de me faire passer pour un capricieux ?!
Je n’en revenais pas.

Le choc passé, je lui réplique qu’en tant que le Séguela marocain et un fils de pub expérimenté, il sait bien que, sans communication par tous les moyens possibles et disponibles, sans information au public à l’intérieur et l’extérieur du musée, en ville, sur les médias, sans ‘tam-tam’ et ‘buzz’ sur les réseaux sociaux, un événement, surtout artistique, n’existe pas. Sans une telle stratégie, n’en restent que les bavardages et les selfies. Je lui rappelle que Qotbi m’a piégé durant six mois, qu’il a maintenu ‘Qasida Noire’ dès ses premiers jours sous embargo. Que, ça, ce sont les faits. Dont j’ai déjà parlé à maintes reprises, je ne veux y revenir encore ici. De tous les médias, seul ‘Tel Quel’ a osé aborder ce dysfonctionnement.

Avec le recul, je prends la vraie mesure des propos de Noureddine Ayouch : je devais me contenter de ce que le calife à la place du calife, Mehdi Qotbi, m’avait ‘accordé’, que c’est déjà bien assez vu que je n’appartiens pas à leur caste de nantis post-coloniaux qui en veulent toujours plus, qui ne pratiquent que les passe-droits même pour leur progéniture, au point d’en oublier la valeur travail.

C’est donc, moi, le gamin de la médina qui défend le musée de Sa Majesté Royale alors que lui, l’acteur incontournable de la scène culturelle, ne tire même pas le signal d’alarme sur la privatisation du musée qu’opère sans vergogne Mehdi Qotbi.

Pourquoi des professionnels de Rabat, de Casa, de Marrakech, de Tanger, qui ont l’expérience des institutions culturelles internationales, sont-ils au chômage ? N’est-ce pas étrange que Noureddine Ayouch, prétendu ami du Roi, reste à ce point indifférent aux dysfonctionnements du musée qui porte Son Nom et sur lequel Notre Souverain a fondé tant d’espoir ?

Ne vous y trompez pas : il ne s’agit pas d’un conflit personnel entre Mehdi Qotbi et un artiste mais de la dénonciation par cet artiste du système opaque, cruel et injuste, que le président de la Fondation nationale des musées du Maroc a mis en place à son seul profit et à celui de ceux qui le servent.

Cette attaque brutale du prétendu ami du Roi en présence d’étrangers, m’avait scié en deux. Je n’avais plus de jambes, plus d’esprit. Plus de mot. Le seul sentiment qui me tenait encore debout, c’était la honte et le désespoir.

Pas sur moi. Sur mes frères, le public marocain que ses propos insultent à travers ‘Qasida Noire’.

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