
Ce genre de type est un danger pour autrui mais d’un mode sournois : il faut en faire l’expérience pour le mesurer. Et c’est rude.
Il y a quelques mois, je recevais sur ma page Facebook un article dont le titre posait la question de savoir qui était Abdellah Karroum. Après une seconde de perplexité, j’avais alors compris que, derrière la prétention d’un usage de la troisième personne et bien qu’il ne s’agisse pas d’une page personnelle, l’auteur en était Abdellah lui-même qui tentait de démontrer, un peu comme le ferait un muet avec ses bras, qu’il était l’égal de son voisin sur la photo : commissaire international. Et ça sentait fort le leurre. Mais, sur le moment, je n’y ai vu qu’un révélateur de ses pratiques obscures de planqué.
Forcé par ce que j’ai de plus précieux – la grâce d’être né Marocain – et parce que je me sens responsable de mon patrimoine culturel, je dois m’insurger ici contre cet imitateur, tragi-comique à force de s’acharner à l’être sans jamais y parvenir, d’Okwui Enwezor, qui a profité du vide pour manoeuvrer en douce auprès du directeur Manuel Borja-Villel du Reina Sofia à Madrid afin qu’il l’impose aux représentants marocains comme co-commissaire de l’exposition qui s’y préparait.
Déjà, ça, comment c’est possible ?!
L’examen attentif des faits suffit à montrer la communauté d’intérêt du directeur de ce musée et d’Abdellah Karroum dans un tour de passe-passe à l’image de nos relations politiques post-coloniales : pour l’autre côté de Gibraltar, nous restons des cancres alors que nous leur avons laissé dans l’Histoire une culture et des merveilles dont ils se glorifient encore.
S’accaparer une telle position et prétendre représenter le Maroc dont Karroum n’est pas l’homme puisqu’il ne l’aime pas, rien ne peut l’illégitimer, hélas.
En effet, ce qu’aime ce monsieur de mon pays ce n’est rien d’autre que la faculté d’y éprouver son pouvoir, sa supériorité, de montrer qu’il y est le seul juge possible de la valeur artistique d’une œuvre bien qu’il ne sache même pas discerner le plagiat de l’original. Je l’ai vérifié à mes dépens.

À Madrid, dès l’entrée du musée Reina Sofia, j’ai eu un sombre pressentiment. Puis j’ai senti monter en moi la honte de me retrouver pris dans la nasse de Trilogia Marroqui. Instrumentalisé. Une exposition comme celle-là exigeait un investissement total, de l’amour pour son pays et du respect pour le travail de ceux qui vous ont fait confiance. D’évidence, il n’en était rien.
Déjà, son affiche m’avait mis mal à l’aise : comment le directeur du musée, historien d’art reconnu et co-commissaire de l’exposition, pouvait-il traiter avec une telle désinvolture le mouvement Souffles qui, dans les années soixante, inspira un formidable renouveau de toutes les expressions artistiques du Maroc?! Souffles dont il ne restait là, sur cette immense affiche, que Sou. Sou-Maroc. Sous-entendu: comparés à nous, vous n’êtes que des minus… à peine descendu de l’arbre.
Personne n’a rien remarqué car l’esprit de Souffles ne souffle plus sur ceux qui l’ont incarné à l’époque ni sur nous. Et, bien sûr, Abdellah Karroum n’a rien trouvé à y redire. Mais comme le disait Sa Majesté Hassan II : “Si tu vois ton ami avec ton ennemi, sache que les deux sont tes ennemis, l’un est secret, l’autre est public. “
Une fois à l’intérieur, ni catalogue, ni cartel : Visiteur, débrouille-toi…
Le tour de l’exposition m’éclaire sur les raisons qui avaient poussé Karroum à tout faire pour m’empêcher d’accrocher moi-même mes œuvres sur place. Impossible d’en être dupe : cette exposition n’était qu’un prétexte à sa publicité, à ses intérêts personnels de spéculateur et je m’y suis senti soudain aussi dépouillé que par un voleur au détour d’une ruelle sombre.
Préliminaires à ma mésaventure, il y a plus d’un an, alors que je refusais d’exposer à n’importe quelles conditions, Abdellah Karroum m’avait écrit ceci : » Ton travail est fondamental pour cette exposition ! » Au-delà de la flagornerie qu’il déploie quand il veut obtenir quelque chose de vous, j’étais loin d’imaginer que c’était juste mon nom sur sa liste qui l’intéressait.
Toute l’énergie et la passion mises à préparer cette exposition, il me faut l’admettre aujourd’hui, n’avaient aucune valeur pour lui. Ce qui lui importait, c’était asseoir sa supériorité sur tout le monde au Maroc et tant pis pour ceux qui feraient les frais de ses coups tordus.
Quelle injustice !
Raison révélatrice invoquée par Abdellah Karroum pour justifier son absence à l’accrochage des œuvres réunies au musée Reina Sofia et à la non-inauguration entre soi, pandémie oblige, de sa Trilogia Marroqui : pas de visa pour cause de passeport marocain. Pas mal pour un commissaire international, conservateur-en chef du Mathaf de Doha au Qatar et commissaire d’une exposition d’artistes marocains en Espagne !
Ce qui ne l’a pas empêché de contrôler à distance la communication de Trilogia Marroqui, de l’interdire sur ceux qui n’entraient pas dans ses magouilles autoritaires pour la centrer sur ses protégés, cinq ou six pions aussi réversibles qu’interchangeables, et de re-twitter non-stop sur eux, petit business et grands profits obligent !
Dans ce contexte, il n’y aura eu qu’eux à être bombardés artistes malgré leur absence de sens, de transcendance et de poésie, tandis que les autres, anonymes au sens propre puisque l’exposition était NO NAME, dont moi qui ait photographié toute ma vie, n’y sont que des participants ?
A-t-il seulement compris qu’en art, je parle du vrai, le passé ne passe pas, que c’est la force artistique qui fait l’œuvre et rien d’autre ?
Au fait, qui est cet Abdellah Karroum ?
Historien de l’art ? Non.
Historien tout court ? Non plus, hâbleur si avide qu’il radote sans la moindre profondeur à la place de ceux qui ont contribué, eux, en personne, à ce moment, celui de Souffles, durant lequel un vent nouveau a soufflé sur notre pays. Abdellah Karroum n’est qu’un plagiaire touche à tout, sans foi ni loi sinon la sienne, qu’il impose à autrui au nom de l’équité, un être semblable, au fond, à ceux qu’il représente.
Directeur de musée ? Oui mais parachuté à ce poste sans la moindre expérience antérieure du métier qu’il exerce.
Commissaire international ? Euh, là, j’ai besoin d’aide, ne vois rien qui…
Intellectuel fécond ? Aucune trace sinon son livre blanc avec un photographe.
Etc.
Comment un tel individu parvient-il à convaincre de son poids dans un milieu déjà consanguin à des notables argentés ? Devrais-je en déduire que s’y affaire la plus grande concentration de trompeurs qui soit ? Dans le même temps, devrais-je reconnaître que le prestigieux musée Reina Sofia s’est fait le complice volontaire – ou aveugle – du dénigrement de notre richesse propre au regard de l’exemplaire patrimoine espagnol et à montrer ainsi – avec les honneurs – cette insignifiante pseudo scène artistique marocaine ?!
Je n’ai plus de mots pour vous dire combien vivre puis évoquer tout ça m’aura fait mal. Combien le spectacle du patrimoine culturel de notre XXème siècle dénaturé jusqu’à en donner une image dévastatrice à l’étranger – spectacle conçu par ce manipulateur – m’aura fait souffrir corps et âme.
Je n’en sortirai pas indemne.
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