
Lorsque j’entre dans le cabinet du Professeur Cardio, ma surprise est grande de découvrir un portrait de nos trois Rois, Mohammed V, Hassan II et Mohammed VI. Aussi, à la fin de la visite, ma curiosité me pousse à lui demander :
– Professeur, vous avez un nom à consonance fassi, êtes-vous de Fès?
– Je suis de Djellil. Mes ancêtres étaient de Fès. Mon père est né à Djellil. Ma mère est d’Oujda. Nos ancêtres ont toujours vécu à Djellil avant que les envahisseurs français ne nous divisent. Il faut que vous sachiez qu’en ce temps là, le Maroc n’était constitué que d’une seule famille dans un seul et même pays. Pour être précis, je dois vous avouer que j’ai toujours le sentiment d’être pris entre deux feux. Je suis Algérien au dehors mais, en dedans, comme la majorité d’entre nous, nous sommes restés Marocains.
Chez nous, personne n’a tourné son dos à ses ancêtres. Nous n’avons pas seulement conservé notre accent mais aussi nos coutumes, notre nourriture, notre musique… Vous pourriez croire que nous sommes arrivés la veille à Djellil. Pourtant nous sommes là depuis très longtemps. Ici, même notre coeur est un terroir marocain.
Nous nous sentons différents des autres parce que nous nous remémorons en permanence que nous sommes Marocain. Nous ne pouvons pas détacher notre Maroc de notre mémoire. Les siècles se sont écoulés les uns après les autres mais, pour nous, ça ne change rien. Nous nous sentons Marocains au plus profond.
Nous portons en nous des siècles d’histoire. Le Maroc est gravé dans notre coeur. Il est manifeste que personne ne peut vivre dans l’ignorance de ses origines car, sans cette division, sans les murs des frontières, nous serions sans cesse les uns chez les autres.
Comment pouvons nous vivre une vie aussi insensée alors que nous avons la chance inestimable d’avoir le même ADN qu’on soit Juif, Berbère ou même, pour certains, Espagnols ?! Cette parenté nous lie à jamais. Et, puisque nous avons gardé notre esprit d’autrefois, nous devrions être dans les meilleurs termes!
Hélas, il n’en est rien.
Qui nous sortira de ce gâchis?
Il était intarissable tant les souvenirs du Maroc d’autrefois le possédaient…
– Le monde entier visite le Maroc et apprécie la conduite du pays par Mohammed VI qui est un être très particulier et hors-norme. Nous lui portons une affection sans limite, nous lui souhaitons de vivre mille années. Si nos maîtres nous obéissaient, s’ils pouvaient se réconcilier, il ne serait plus question de guerre. Nous serions si riche que le monde nous respecterait, qu’on jouerait la coupe du monde de foot dans nos pays! Quand la paix se rétablira entre tonton Tebboune et notre Souverain, le socle de ce passé commun nous réunira comme une famille à l’ancienne. N’est-ce pas la perspective la plus heureuse que nous puissions se souhaiter ?
A sa manière d’évoquer ses souvenirs je reconnaissais en lui un homme de qualité.
Il s’était livré en toute quiétude. Et moi j’étais loin d’imaginer qu’un jour, je recevrai cette leçon d’histoire d’un éminent Cardio dans un hôpital parisien.
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