
Décidément, trop, c’est trop ! Je suis tombé de ma chaise, je n’en reviens pas.
Plus c’est gros, plus ça passe — même si j’avais deviné qui avait monté le coup, même si je savais qu’il se moque du monde et qu’il a toute une gamme d’embrouilles. J’étais estomaqué. Et qui connaît Qotbi le Cruel, Président-Souverain, sait exactement de quoi je parle.
La réalité dépasse — une fois de plus — une pitoyable fiction dont les ficelles me sautent aux yeux.
Mais jugez-en plutôt.
L’artisane auto-proclamée « la plus remarquable », au travail pourtant réalisé par les mains d’invisibles, Amina Agueznay — inspirée à l’origine par la tradition textile malgache, ce qui est son droit — et la meilleure curatrice qui soit, incapable d’écrire ses propres bouillies mais portée par la vertu d’un nom, Meryem Berrada, se retrouvent toutes deux chargées de représenter notre pays à la Biennale internationale de Venise !
Et, m’a-t-on dit, elles projetteraient de tapisser le Pavillon marocain de peaux de moutons ?! Devons-nous y voir un symbole de notre situation ?
Rappelons que Venise est une cité construite sur un marécage… Et qu’en outre, l’Arsenal, où se situera le Pavillon marocain, est bordé par la mer. Dans cette atmosphère humide, imaginons le festin offert aux mites, le festival de puanteurs servi au public, ou — la chair arrachée aux peaux — un méchoui géant proposé en after-party aux happy few !
Par un de ces sortilèges dont seul Qotbi le Cruel a le monopole — celui même qui consiste à convoquer des fantômes dociles pour meubler une scène vide — voilà que nos deux pauvresses de l’esprit se retrouvent, en dépit de tout bon sens, intronisées déesses de la création.
Et le spectacle continue.
Amina Agueznay, grande prêtresse de la maille de laine, se voit sacrée initiatrice artistique — comme si quelques pelotes, quelques nœuds et un bavardage creux et prétentieux suffisaient à hisser quelqu’un au rang de visionnaire…
Quant à Meryem Berrada, la curatrice : ne serait-elle pas, selon la communication de leur projet « Asetta » — pâle paraphrase du non-art occidental — ce que nous faisons de mieux au Maroc ?
Si, comme on me l’a rapporté, l’appel à projets n’a circulé qu’en français, dans un pays où les deux langues officielles sont l’arabe et l’amazigh, alors cette bourde dépasse la simple erreur : elle constitue la preuve d’un stratagème illégitime, soigneusement élaboré pour exclure les artistes arabophones et amazighophones. Qui osera prétendre que les dés n’étaient pas pipés ?
Effacer notre identité : n’est-ce pas le comble de l’ironie pour une exposition censée nous représenter ?
Le Maroc ne mérite-t-il pas mieux que ce concept laineux ? Sommes-nous tombés si bas que nous devions singer les autres au prix de notre propre appauvrissement ?
Qu’arrive-t-il au Maroc, pays de culture millénaire et d’art vivant, pour que même le contexte international de la Biennale ne parvienne pas à préserver son Pavillon des magouilles ? Par quels zigzags ces dames sont-elles arrivées là ?
L’appel à candidatures, lancé par le ministère de la Culture lui-même, aurait dû garantir un minimum de transparence. Mais pas un seul représentant du ministère dans le jury : Qotbi le Cruel a balayé toute présence institutionnelle, préférant régner seul dans l’ombre où il prospère.
On atteint là un degré de manipulation qui frise l’indécence.
Il ne recule devant absolument rien.
Pour cette nouvelle tentative d’enfumage, Qotbi le Cruel (Président du jury) a brandi l’intervention d’un pseudo-jury prétendument indépendant. Mais en soulevant le voile, on ne voit qu’une mascarade : la décision finale ficelée en coulisses par un cartel d’entre-soi sans foi ni loi, dont la corruption s’impose partout comme un droit.
En faveur de qui ? Devinez : un double exemplaire de ces « fils/filles de » & consorts, incapables de mieux faire — en affaires financières ou politiques, comme papa-maman — et dont le seul talent réside dans la puissance du branchement. « Les fils/filles de » font de l’art, et les voilà maîtres de notre espace culturel, par un détournement légal et l’entremise d’instances qui en tirent profit.
Ainsi, ces gavés de tout, affamés de plus encore, que l’on case comme artistes ou marchands, se voient réserver appels d’offres et opportunités — sans même prendre la peine de le cacher, puisque ce marchandage est devenu la norme.
Le résultat ? Une imposture, incapable de refléter la vitalité de la création marocaine : on recycle les mêmes, déjà enkystés dans un cercle vicieux, à l’opposé de l’ambition de Sa Majesté d’ouvrir le Maroc au monde et d’y répandre sa générosité. Pour cela, encore faudrait-il soutenir les jeunes créateurs et leur donner accès aux institutions. Notre Souverain l’a tant de fois réclamé ! Royal ou non, qu’importe : ce barboteur détourne Son projet au profit exclusif de sa caste. Quel camouflet pour Lui !
Et malheur aux autres : à ceux qui refusent la combinazione, qui refusent d’« appartenir » à ce clan. Cela devient un défaut de fabrication : intrus exclus, éliminés, calomniés, parfois pire. Le jeu des longs bras et des réseaux verrouille tous les accès, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
Le Pavillon marocain à la Biennale de Venise ? Mort-né. Confisqué. Il n’est déjà plus que la réserve d’un gang d’héritiers, de mécréants à l’arrogance de colons, vitrine privée — ils ne s’en cachent même plus — de leurs arrangements entre amis.
Gageons que, telles ces chenilles en procession, collées les unes aux autres pour mieux dévorer la feuille qui les porte, ils s’accapareront Biennale après Biennale et, comme une moisissure sur le fruit, parasiteront toutes les manifestations culturelles jusqu’à les pourrir.
Vous, l’artiste qui n’êtes pas des leurs, qui travaillez sans relâche et de toute votre âme — non pour le mérite, mais pour la vérité du geste — n’en rêvez pas : vous n’y accéderez jamais.
La Biennale de Venise devrait être la vitrine d’un Maroc pluriel, vivant, ouvert au monde, sans renier son âme, sans singer le marché des faiseurs-imposteurs.
L’univers culturel vous indiffère ? Imaginez alors que le sélectionneur de l’équipe nationale de football choisisse ses joueurs uniquement sur leur patronyme, et non sur leur talent, pour représenter le Maroc… Impensable, protesterez-vous — et vous aurez raison : à peine l’équipe aurait-elle ridiculisé notre pays sur le terrain que le scandale électriserait la planète, que le sélectionneur serait limogé séance tenante et mis aux arrêts sous les huées de ses supporters ! Ce serait une humiliation mondiale.
Au-delà de la tristesse, de la colère et du dégoût provoqués par la trahison d’un projet national en faveur de la jeunesse — émotions légitimes mais inefficaces — ne devrions-nous pas tous protester ?
Moi, je ne me résigne pas. Je réclame l’annulation de cette procédure, un nouvel appel, transparent, en arabe, en amazigh et en français, ouvert à tous les créateurs, et largement diffusé par tous les moyens modernes.
Comme pour appuyer mon initiative, Notre Roi rappelait récemment qu’Il ne voulait pas d’un pays à deux vitesses, ni d’une jeunesse sacrifiée par l’injustice des passe-droits. Son appel à l’égalité des chances résonne ici comme un désaveu de cette mascarade.
Alors, chiche ?!
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